mardi 21 décembre 2010

De la SF en général, de l'uchronie en particulier, et des modèles numériques notamment. (Uchronies - I)



La lecture de La Machine à Différences, de William Gibson & Bruce Sterling, roman dans lequel le thème de l’impact du progrès sur la société tient lieu de fil rouge, m’a amené à ces quelques réflexions quant aux similitudes entre la science-fiction en général, l’uchronie en particulier et les modèles numériques notamment.





Ce billet s'inscrit dans le cadre du challenge "Winter Time Travel" organisé par le RSF Blog de Miss Lhisbei.



 

[à lire:

Uchro-rhétoriques (Uchronies - II)
Usbek et Rica, mook SF ? (et accessoirement, Uchronies III)]
Les modèles numériques sont utilisés pour simuler des systèmes complexes comme l'écoulement d'un fluide, l'état de l'atmosphère, des océans ou encore l'évolution du climat futur.
Partant d'une modélisation plus ou moins complexe, le scientifique va chercher à prévoir les états futurs du phénomène à étudier. Partant du présent, il s'agit pour l'auteur de mesurer la sensibilité de notre société à certaines variables bien choisies, une évolution technique (l'intelligence artificielle, la conquête spatiale...), mais aussi politique (restriction des libertés, bouleversements géopolitiques…) ou sociologique (influence des médias, évolution des mœurs…).
Procédant de la même démarche, modèles numériques et science-fiction d’anticipation, prospective ou uchronique ont beaucoup en commun.

Sensible aux conditions initiales
Le supercalculateur NECSX8R
à Météo France
(copyright Météo France)
L'apport des modèles numériques, autrement dit, l'apport des ordinateurs à la science est une révolution qui n'est sans doute pas aussi radicale qu'un changement de paradigme comme ont pu l'être les découvertes de la loi de la pesanteur par Newton, celles de l'électromagnétisme par Maxwell ou encore celle de la relativité par Einstein, mais qui a eu néanmoins un impact radical sur notre compréhension des phénomènes complexes.
"Complexes" doit se comprendre ici comme très sensibles aux conditions initiales et subissant l'influence entremêlée et indémêlable de plusieurs paramètres dont l'influence réciproque n'est pas simplement descriptible. Faites lentement basculer une bille depuis le bord d'un évier: selon les infimes variations de l'angle et de la vitesse initiale avec laquelle elle entre dans la cuvette, sa trajectoire sera complétement différente d'une fois sur l'autre. Et pourtant, elle finira toujours par s'immobiliser au fond.
Les performances des machines sans cesse grandissantes permettent de la même manière de tracer les traits de plus en plus précis de l'évolution de ces systèmes grâce à leur capacité à parcourir statistiquement toutes les trajectoires possibles.

Evolution de la température globale
selon différents modèles et scenarii
d'évolution du CO2 atmosphérique
Source : www.ipcc.ch/pub/tar/wg1/fig9-14.htm


Avec l'aide de ces modèles, le scientifique, armé de son sens critique (et non le modèle lui-même qui, si complexe soit-il, n'apporte pas (encore?) de regard critique sur ces propres réalisations), est alors en mesure de porter un jugement sur l'état le plus probable que pourrait atteindre un tel système complexe, là où l'analyse seule (sous entendu "à la main") ne saurait conclure sur leur convergence vers un état stable (la bille au fond de l'évier) ou non (comme un hypothétique évier dans laquelle une hypothétique bille ne s'arrêterait jamais au même endroit).



Au delà des conditions initiales, le système passe parfois par des états particuliers à la sortie desquels il est impossible d'appréhender ses trajectoires futures. Ces nœuds sont des points particuliers qui décident de son avenir: sa stabilité ou son effondrement sont contenus dans d'infimes variations aux abords de ces régions.
Enfin, dans l'optique de juger de la pertinence d'un modèle, celui-ci est-il testé sur le passé. De sa capacité à reproduire plus ou moins précisément les phénomènes situés dans un passé, par définition connu, sera déduite la confiance attribuée à ses prédictions d'un futur, par définition inconnu.

Points de divergences
En ce sens, la comparaison de l'utilisation des modèles numériques avec l'uchronie est elle-aussi pertinente, cette dernière s'attachant à reproduire le passé aux abords d'un nœud de l'histoire et d'en déduire une certaine robustesse de la ligne temporelle que nous avons empruntée. Certes, par définition de l'uchronie, l'auteur recherchera avant tout la divergence, mais dans cette divergence se retrouvent finalement des travers bien contemporain.
Ainsi Gérard Klein dans son analyse approfondie de l'uchronie (préface à « La Machine à Différences », de William Gibson & Bruce Sterling, édition Le Livre de Poche, d’après l’édition Robert Laffont, 1997) reprend les thèmes les plus souvent abordés par les uchronies, en citant l’ouvrage de Eric B. Henriet « L’Histoire revisitée, panorama de l’uchronie sous toutes ses formes » (Encrage, 1999) :
extinction (ou non) des dinosaures (soixante millions d’années avant notre temps), grandes migrations par le détroit de Behring (12000 ans au moins avant notre ère), destin de l’Empire Romain (753 av. J-C à 395 ap. J-C), exécution de Jésus et avènement du christianisme, grande peste du Moyen Âge (1348), découverte du Nouveau Monde (384 ou 1492), expédition de l’Invincible Armada (1588), R2volution française et période napoléonienne (1789 à 1815), guerre de Sécession des États-Unis, Première Guerre mondiale (1914-1918) et Révolution russe (1917), prise du pouvoir par Hitler et Seconde Guerre mondiale (1933-1945), et, pour l’époque contemporaine, crise des missiles de Cuba, événement de 1968 et guerre (américaine) du Vietnam
Ce à quoi j’ajouterai la chute du mur de Berlin et de l’URSS (1989 à ) et ce à quoi Gérard Klein lui-même, quelque dix ans après avoir écrit ce texte, aurait tôt fait d’ajouter la chute des deux tours (2001). L’auteur de cette préface renvoie d’ailleurs à l’ouvrage de Jacques Lestourne (Ces avenirs qui n’ont pas eu lieu, une relecture du XXème siècle européen, Odile Jacob, 2001), économiste et écrivain rétroprospectiviste qui semble avoir étudié dans le détail ces points instables de l’Histoire :
A partir des positions d’acteurs, il fait intervenir des continuités dans le changement ou des ruptures, ces dernières produisant des bifurcations à partir d’événements déclencheurs (assimilables aux événements fondateurs d’Henriet) en présences de germes
Dans la vie d’un modèle numérique, la validation des prédictions par la confrontation avec la réalité est une étape importante. Il existe ainsi toute une catégorie de la SF qu’on pourrait affubler du pompeux titre de rétro-uchronie, à savoir, ces romans d’anticipation dont la date de péremption est dépassée, thème abordé là encore par Gérard Klein et qui pousse le raisonnement dans ses ultimes retranchements en affirmant :
Ainsi, à travers une puissante envolée métaphysique, voire eschatologique, toute la science-fiction se trouvera englobée dans l’espèce uchronie à la fin des temps
C’est pas faux.

1984-2001
L’exercice est facile pour les romans directement titrés d’après des dates et on pense immédiatement à 1984 de Georges Orwell ou 2001 et 2010 d’Arthur C. Clarke.
Alors que telle n’était pas leur intention première, il est intéressant de trouver, a posteriori, les points de singuliers responsables de la divergence entre la ligne temporelle de ces histoires et notre propre ligne temporelle.

Pour ce qui est de 1984, la divergence est question de sensibilité. Selon que l’on soit plus ou moins sensible aux restrictions bien réelles des libertés individuelles (droit de déplacement, droit à l’anonymat…) sous prétexte de sécurité, on jugera que les prédictions de Georges Orwell se sont plus ou moins vérifiées. Maintenant, même si elles sont loin d’être dégagées de toute ambition de la sorte, si ce n’est dans les actes, au moins dans les faits, il est clair que les démocraties occidentales n’ont pas sombré dans la dictature décrite dans son roman. Le point de divergence est ici l’affrontement nucléaire entre l’Est et de l’Ouest dans les années 1950, acte fondateur des trois blocs décrits dans le roman. Dans notre ligne temporelle, l’équilibre de la terreur a tenu, la mort de Staline en 1953 et des personnalités comme Khrouchtchev, Eisenhower ou Kennedy ont sans doute eu un rôle d’importance dans le non recours à de telles extrémités.



Quant à 2001 et 2010, écrits respectivement en 1968 et 1982 la divergence réside principalement dans l’avancée dans les voyages spatiaux. L’année 2010 s’achève dans notre ligne temporelle, et l’humanité en est encore réduite à tourner en rond à quelques centaines de kilomètres au dessus de son sol natal, soit l’épaisseur d’un cheveu à l’échelle des distances astronomiques. Que s’est-il passé de ce coté du temps entre la date de l’écriture du premier de ces romans et l’année 2001 et qui ne s’est pas passé de l’autre coté ?
Arthur C. Clarke laisse peu d’indice sur l’état du monde en 2001 et son évolution géopolitique jusque là. Cependant, de ce qu’il laisse entendre des relations entre l’URSS et les Etats-Unis, la chute du mur de Berlin et l’atomisation de l’ancienne URSS pourrait constituer un bon candidat comme point de divergence principal. On peut en effet imaginer que, dans un monde où l’URSS aurait continué à tenir son rôle de super puissance face aux USA, cette dernière se serait donc vu privée de son titre d’hyper puissance, seule au sommet, sans aucun adversaire ni aucune raison de prouver sa supériorité scientifique. Face à un bloc soviétique hypothétiquement toujours aussi actif dans le domaine spatial, et en supposant une normalisation des relations diplomatiques et un redéploiement des moyens attribués à la défense, il serait alors possible d’envisager que l’aérospatiale est profité d’une concurrence entre les deux anciens ennemis.


2001: L'odyssée de l'espace (Kubrick - 1968)
Le passage dans lequel Floyd consulte les nouvelles
sur son minibloc n'apparaît pas dans le film.
Restent les intuitions fulgurantes de Clarke sur quelques aspects de notre présent, quant à l’importance géopolitique de la Chine en 2010 (dans 2010, un équipage chinois prend de court la mission de sauvetage URSS/USA) et au développement de l’internet. L’extrait ci-dessous est extrait de 2001, alors que Floyd rejoint la base lunaire ; entre crochets, l’équivalent de ce coté du temps.


Il avait largement de quoi s’occuper. Lorsqu’il en eut assez des rapports officiels et des mémos, il brancha son minibloc d’information [portable / tablette graphique] sur le circuit du vaisseau et parcourut les dernières nouvelles de la Terre. Il formait l’un après l’autre les numéros de code des principaux journaux électroniques du monde [adresses http]. Il connaissait par cœur la liste qui figurait au dos du bloc. En jouant sur la mémoire de la visionneuse, il pouvait consulter la première page [page d’accueil] et choisir rapidement les rubriques qui l’intéressaient. Chacune avait son propre numéro de référence [lien hypertexte], et lorsqu’il le formait, le rectangle qui avait les dimensions d’un timbre-poste s’agrandissait sur l’écran. La lecture achevée, il suffisait de revenir à la vision de la page entière et de choisir une autre rubrique.
Parfois, Floyd se demandait si le minibloc et la technologie fantastique qu’il supposait représentait le sommet des découvertes humaines en matière de communication [blog, micro-blogging]. Il se trouvait en plein espace, s’éloignait de la Terre à des milliers de milles à l’heure et pourtant, en quelques fractions de seconde, il lui était possible de consulter n’importe quel journal. Le mot même de journal était une survivance anachronique en cet âge électronique. Le texte se modifiait automatiquement d’heure en heure [mise à jour du flux RSS]. Même en ne lisant que la version anglaise, on pouvait passer sa vie entière à absorber le flot sans cesse changeant des informations retransmises par satellites.
Il était difficile d’imaginer que le système pût être modifié ou amélioré [journalisme augmenté]. Pourtant, songea Floyd, tôt ou tard il disparaîtrait pour être remplacé par quelque chose qui renverrait les miniblocs au rang des presses de Gutenberg.
La lecture des journaux électroniques amenait souvent une autre réflexion : plus les moyens de diffusion se faisaient merveilleux, plus barbares, atterrant et choquant était leur contenu. Accidents, désastres, crimes, menaces de conflit, éditoriaux sinistres – tels semblaient être les sujets principaux des articles qui se propageaient dans l’espace [la dépêche du midi]. Floyd en venait parfois à se demander si tout cela était vraiment aussi terrible qu’il y semblait. Les informations d’Utopie, après tout, auraient sans doute été atrocement ennuyeuses.

Back from the future
En SF, il n'est pas rare que le présent vienne influencer le passé. Du coté des modèles, notamment atmosphériques, c’est l’objet des réanalyses qui consistent à rejouer le passé en tenant compte de toutes les améliorations apportées entre temps. Oublié le vieux passé plein d’incohérences et d’approximations, bienvenue à sa nouvelle version, bien lisse, si moderne, élaborée dans son propre future.
Eric B. Henriet, cité par Gérard Klein dans sa préface, adosse aux uchronies causées par l'interférence du présent dans le passé, l'adjectif discutable et souvent maladroit (pour ce qui est des discussions sur l'art, fut-il mineur) d' « impures ». Entrent dans ce cadre les voyages temporelles avec leur cohorte de paradoxes et de parricides à vocation expérimentale.

Chronologie spaghettitatoire
Un cas d'école d'embrouillamini des lignes temporelles, de spaghetisation de l'Histoire, d'imbroglio de l'espace-temps, la trilogie « Retour vers le futur » (Bob Gale et Robert Zemeckis, 1985/1989/1990), et notamment ses deux premiers opus, qui ont une propension incroyable a créer leurs propres uchronies.







Paradoxalement (et à plus d'un titre), les uchronies les plus marquantes dans cette catégorie sont sans doute celles qui font fi de la dogmatique cohérence et du sacro-saint binôme cause-conséquence.
Ainsi, poétique et empreint de nostalgie, « Quartier Lointain », le manga de Jiro Tanigushi dans lequel on suit les questionnements d'Hiroshi Nakahara, un homme de 48 ans de retour dans le corps et l'année de ses 14 ans:
Brusquement m'est apparu l'image de ma propre famille. Aujourd'hui... ne suis-je pas pareil à ce père qui s'enfuit? Ne suis-je pas moi aussi sur le point d'oublier pour toujours ma vraie famille ? Dans cette autre enfance, où les caprices du hasard m'ont projeté, je profite sans remord du bonheur de vivre une nouvelle vie... Moi aussi, je me suis enfui. Moi, Hiroshi Nakahara, je n'ai pas su retenir mon père.




Bien que trop rapidement qualifiées d'impures, ces uchronies, pour peu qu'elles ne soient pas contraintes par une nécessité d'explication, ont tout à fait leur place auprès de celles qui existent indépendamment de toutes références à une autre ligne temporelle. Elles n'en portent pas moins une réflexion sur notre présent, avec souvent un coté plus intime lorsque celle-ci est liée au point de vue du voyageur temporel.

Ce coté-ci du temps
Au-delà de l’aspect avant tout ludique de cette comparaison, modèle numérique et SF ont en commun cette volonté d’explorer le temps en soumettant, l’un, un système physique, l’autre, notre société, a toute une série de test de sensibilité aux variations de quelques variables jugées d’importance, l’un par le scientifique, l’autre par l’auteur.
Dans ce cadre, l’uchronie tient une place particulière, celle qui consiste à rejouer le passé pour mieux comprendre ces moments charnières de notre Histoire, pour mieux appréhender l’inertie de ce flot qui nous semble immuable. Ce genre à part entière de la SF a au moins le mérite de nous rappeler, contrairement à un enseignement souvent par trop dogmatique, que l’Histoire ne saurait se déduire a posteriori vu de notre présent, que les événements qui la fondent ne doivent jamais se comprendre comme une suite logique et imparable, ne valant que parce qu’elle conduit à ce coté-ci du temps.
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Références
Préface à "La machine à différences" (Gibson/Sterling), Gérard Klein, Livre de Poche d'après Robert Laffont, 1997

1984, Georges Orwell
2001: l'odyssée de l'espace, Arthur C. Clarke, J'ai lu d'après Robert Laffont 1968
2010: odyssée 2, Arthur C. Clarke, J'ai lu d'après Albin Michel 1983
Quartier Lointain, Jirô Tanigushi, Casterman 2006

A lire:
Le billet du Winter Time Travel de Lhisbei pour ses liens vers quelques site s de référence sur l'uchronie
Les commentaires de ce même billet pour les annonces des parutions des autres contributions au challenge

6 commentaires:

  1. J'ai publié une petite réflexion sur un thème voisin: http://lespeuplesdusoleil.hautetfort.com/archive/2010/12/21/uchronie-ne-pas-confondre-uchronie-histoire-secrete-et-anti.html

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  2. J'ai l'impression à te lire qu'il y a dans ton article une confusion entre uchronie, anticipation ancienne et paradoxes de voyages temporels.

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  3. @Ferocias: j'y cours
    @Guillaume: pas si on s'en tient à une définition stricte, à savoir, l'existence d'un passé parallèle au nôtre. C'est la distinction entre uchronie "pure" et "impure" par Henriet. Mais ok, l'uchronie telle qu'on l'entend (déviation à partir d'un point de divergence" est sans doute la plus élégante

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  4. @ abettik : non, non, non, dans l'uchronie il n'y a pas de temps ou de dimension parallèle au nôtre, l'uchronie explore un temps qui n'a jamais existé et n'existera jamais. Regarde rien que l’étymologie du terme : "u" privatif suivi de "chronos". Non-temps, hors-temps. De même que l'utopie désigne un lieu inexistant, inaccessible. Le cloisonnement est strict.

    La définition au sens trop large telle que tu la présente dans ton article est à la mode, je le sais bien, et je le déplore. Cela me semble être du réductionnisme de genres plus qu'autre chose. Quant à la préface de Gérard Klein, hum... Il en a fait des bien meilleures.

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  5. @Guillaume44
    "explore un temps qui n'a jamais existé ou qui n'existera jamais" => c'est le cas des passés modifiés par les voyageurs temporels ou les anticipations périmées qui sont des uchronies involontaires (mais auxquelles on peut accoler les mêmes réflexions que les uchronies classiques)

    Je ne raffole effectivement pas des cloisonnements et des batailles d'étiquettes : on retrouve les mêmes débats dans la classification de la musique, ça ne mène pas à grand chose, à mon sens, si ce n'est à de chouettes batailles d'experts, ce que je ne suis clairement pas, trop jeune dans le domaine...

    Je t'accorde que je n'ai sans doute pas exploré une définition stricte de l'uchronie (en ce sens, c'est plutôt de l'"élargionisme" que du "réductionnisme", question de point de vue).

    On peut restreindre l'uchronie aux uchronies "pures" au sens d'Henriet (cf préface de G. Klein) mais je crois à l'intérêt et au proche cousinage des autres déclinaisons dites "impures" (vraiment pas terrible, ce terme, non?).

    Disons que j'accole le terme uchronie à tout ce qui touche à un passé qui n'est pas celui de la ligne temporelle originale et à tout ce qui renvoie par là-même à une réflexion sur le présent qu'il soit celui de notre société ou celui du protagoniste.

    Sans dériver vers le "tout est dans tout et son contraire", je pense que cette définition au sens large se tient, puisqu'on peut leur associer à toute la présence d'un point de divergence entre la ligne temporelle directe et celle qui lui est parallèle.

    (je n'aurais pas forcément le temps de poursuivre ce débat pendant les fêtes, mais si réponse il y a, elle ne restera pas lettre morte)

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  6. "c'est le cas des passés modifiés par les voyageurs temporels ou les anticipations périmées qui sont des uchronies involontaires "

    Non :D Une uchronie se base au moment de son écriture sur la divergence fictive d'un évènement historique passé. Une anticipation explore au moment de son écriture une évolution future, un contexte à venir. Mais dans les deux cas, on ne doit pas déplacer le présent rédactionnel de l'auteur. Considérer qu'une anticipation ancienne est une uchronie, c'est voler à l'auteur son repère temporel, le moment de son écriture. C'est pourquoi je ne suis pas du tout d'accord avec G. Klein :D Enfin un voyage dans le temps est une interaction du présent avec le passé et/ou le futur, chose que l'uchronie par son "non-temps" interdit ;)

    Je ne comprends pas pourquoi on veut absolument détourner l'uchronie de la définition de son créateur, Renouvier, c'est pour ça que j'ai du mal à adhérer à cette préface de G. Klein !

    Pour moi sa relecture de l'uchronie ne tient pas debout. C'est intéressant ce qu'il dit, mais il aurait mieux fait de forger des termes dérivés plutôt que de détourner le terme d'uchronie.

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